Mon départ d'Ile-de-France approchant à grand-pas, je fus pris de remords en me disant que je n'avais pas exploité tout le potentiel de la région, en particulier au niveau du bass. Je n'avais pas eu non plus l'occasion de pêcher avec François Carré, mon pote de la FTF. Bref, ni une ni deux, nous décidons de réparer l'erreur par une sortie float-tube dans les bras morts de la Seine, l'occasion pour moi de combler une autre lacune et d'étrenner mon float tout neuf. Que de premières pour cette sortie !
François me retrouve en bas de chez moi. Il est 7h du mat', nous cherchons sans peine à éviter les bouchons quotidiens pour rejoindre les meilleurs spots. Une heure de route plus tard (et un contrôle de gendarmerie), nous arrivons sur le premier bras. L'ambiance est bucolique, la surface de l'eau est très calme et limpide, de nombreux herbiers affleurent à la surface, je réalise alors qu'en eau douce, je n'ai jamais pêché d'autres endroits que des spots urbains. Quel changement !
Les fishs sont actifs : en l'espace de trois lancés, François décroche un baby bass et un broc' alors que je suis en train de finir mon BDL ! Je mets un peu de temps à m'habituer au float-tube, mais je suis vite convaincu : pour ce type de spot, c'est indispensable. Les berges sont peu accessibles, la végétation est dense et les poissons collés à la berge, dans l'ombre, alors que la chaleur monte doucement. Nous prospectons les rives en skippant des frogs et des LS. François est un bon prof, mon geste s'améliore petit à petit...
Quelques minutes après, j'aperçois une chasse sur la berge. Je lance mon Live Magic Shad et commence la récuparation. Celui-ci est brusquement dévié par un bass qui s'en empare et revient vers moi. Je récupère tant bien que mal la ligne avant de ferrer, mais celui-ci est inopérant et le fish se décroche près du float. Saleté de nylon, j'ai vraiment du mal à m'y faire ! Quelques minutes plus tard, je loupe aussi un broc' au ferrage alors que le timing était parfait. Cette fois, s'en est trop, je change de moulin pour une bobine de tresse. Le prochain poisson risque d'avoir mal aux dents !
En fait, nous ne verrons plus aucun fish actif, seulement quelques bass (dont un steack) et de grosses écrevisses maraudant ici ou là. Il est près de 13h quand nous sortons de l'eau et le soleil tape très fort sur la caboche. François décide de m'emmener sur un de ses plans d'eau préférés. Les premiers lancés sont éloquents : François prend un petit broc' et quelques minutes plus tard c'est mon tour. Nous ne sommes plus bredouilles. Les prises s'enchaînent les unes après les autres mais restent toujours aussi petites.
Nous prospectons les bordures aussi bien que les herbiers au milieu sans parvenir à trouver les gros.
La session brocouille se transforme en session pin's !
Sur la fin, François réussira à prendre un brochet plus correct alors que je m'évertuais à skipper sous un ponton à la recherche d'un hypothétique bass.
Face à cette litanie de petits poissons, je comprends l'indignation qui monte de vos lèvres : "c'est quoi cette arnaque ? Que des pin's ! Il est où le trois kilos du titre ? Encore un qui se fout de notre gueule pour l'attirer sur son blog de m... !". Effectivement, cette session aurait été peu mémorable sans cet événement. Dès le début de la prospection, nous arrivons dans une baie remplie de petites perches et de quelques carpes. Sur une longue bande de sable blanc, j'aperçois un gros poisson noir qui se promène tranquillement. Mais quelque chose m'étonne dans son comportement, il ne nage pas comme une carpe. Sans grande illusion, je lance un leurre dans sa direction. Il disparaît alors à mes yeux, mais passe une trentaine de secondes plus tard près de moi. Il me faut alors quelques longues secondes pour me rendre à l'évidence : il s'agit bien d'un bass ! Et énorme ! François qui l'aperçoit est aussi excité que moi ! Il lance un popper vers lui, le fish le suit quelques instants, puis le délaisse finalement. Nous partons dans la même direction, mais sans espoir particulier. Le poisson nous a vu et ne risque pas de se faire leurrer. A ce moment, une grosse crampe me prend, et alors que je vais me mettre à crier sous la douleur, François me demande de ne pas faire un bruit. Il se tient face à un tas de branches immergées à l'ombre du feuillage d'un arbre. Je réussis à rejoindre le bord à une cinquantaine de mètres sans un bruit, et je contemple la scène. François lance une première fois sa Basi, mais celle-ci se prend dans une branche. Il prend son temps pour la décrocher, son leurre atterrit finalement derrière lui et il recommence. Le pitching est parfait. La Basi passe entre les branches, et soudain j'aperçois un énorme sillage derrière. Et à quelques mètres du float, le fish s'empare du leurre dans un énorme remous. François ferre en grand et desserre son frein immédiatement. Le poisson fait un festival, il sonde et rush au diable, saute même une fois, avant de se laisser saisir. C'est bien le bass que nous avions vu !
Et c'est un cube ! Il est aussi haut que large, même s'il n'est pas très long, quel cube ! Sur le peson, il accusera trois kilos. Ce poisson énorme a sauvé notre journée, et nous pêchons ensuite l'esprit serein avant le retour à Paris ! Moi qui voulait pêcher avec le Fanch, quelle démonstration !



